Compilation de Richter sur les prévisions des banques relativement aux taux de change et aux taux d’intérêt

Janvier 2018

La Banque du Canada hausse les taux, mais les gains réalisés par le huard pourraient s’avérer temporaires

Le 17 janvier dernier, la Banque du Canada a fait l’annonce, très attendue, de sa décision de relever le taux du financement à un jour à 1,25 %. Les arguments en faveur de la hausse plaidaient la modération : la Banque du Canada a souligné ses préoccupations par rapport à l’avenir de l’ALENA et l’effet négatif qu’il pourrait avoir sur les investissements des entreprises et sur le commerce. La Banque du Canada a prévenu que même si les perspectives incitent à une hausse des taux d’intérêt au fil du temps, l’économie continuera vraisemblablement à avoir besoin d’un certain niveau d’assouplissement de la politique monétaire. En date de la présente publication, la paire de devises s’échangeait à 80,3 ¢ US/CAD.

Après avoir sondé les banques ce mois-ci, des divergences ont été constatées quant aux prévisions pour la paire de devises. La Banque Scotia s’attend à ce que le huard batte en retraite au cours des prochaines semaines, mais soutient que la hausse des prix des marchandises protégera en quelque sorte le dollar canadien des risques entourant l’avenir de l’ALENA et le marché du logement. De l’autre côté du spectre, la Banque Nationale a ajusté ses prévisions à court terme afin de tenir compte de la force du huard tout au long du deuxième trimestre de 2018, mais se montre plus pessimiste pour la suite : la banque prévoit que le dollar canadien souffrira de la remontée du billet vert. La Banque Nationale s’attend à ce que le dollar américain refasse surface au cours du troisième trimestre de 2018 et qu’il continue sur sa lancée tout au long de l’année. La banque justifie ses dires en mentionnant que la réforme fiscale entreprise récemment pourrait stimuler temporairement la monnaie. Dans l’ensemble, les banques sondées ne s’entendent pas sur la valeur future du dollar canadien. Leurs prévisions s’établissent entre 76,0 et 80,65 ¢ US/CAD d’ici la fin de 2018 et entre 78,74 et 82,0 ¢ US/CAD d’ici la fin de 2019. 

 

La Banque centrale européenne se montre plus ferme dans ses politiques

Le 11 janvier 2018, la Banque centrale européenne a laissé entendre qu’elle se préparait à réduire le recours aux mesures du programme d’assouplissement quantitatif. Par conséquent, l’euro a pris du coffre et, en date de la présente publication, la paire de devises s’échangeait à 65,7 EUR/CAD. Le rendement de l’euro a été supérieur à celui des autres principales devises en 2017, mais la Banque Nationale s’attend à un revirement de situation cette année, en mentionnant la tenue d’élections générales en Italie au début de mars, dont le résultat pourrait ébranler l’Union européenne déjà chancelante en raison du Brexit, ainsi que la faiblesse persistante du taux d’inflation dans la zone euro, qui pourrait vraisemblablement repousser tout resserrement de la politique monétaire.

La BMO a les mêmes préoccupations que la Banque Nationale et ajoute à la liste de facteurs le mouvement pour l’indépendance de la Catalogne en Espagne, qui pourrait venir miner la confiance en l’Union européenne. La Banque Scotia, quant à elle, se montre plus optimiste, en soulignant l’élan économique sans précédent que connaît l’Europe depuis 2011. La banque s’attend donc à ce que l’euro bénéficie de l’accroissement des capitaux redistribués dans toute l’Europe alors que les risques politiques s’atténuent. Dans l’ensemble, les banques sondées ne s’entendent toujours pas sur l’avenir de la paire de devises EUR/CAD : les prévisions indiquent qu’elle s’échangera entre 60,8 et 72,0 EUR/CAD jusqu’à la fin de 2018.

 

2018 sous le signe du resserrement des politiques monétaires

La Banque du Canada a relevé le taux du financement à un jour de 0,25 %, en indiquant que « Les données récentes ont été robustes, l’inflation se situe près de la cible et l’économie tourne à peu près à son potentiel. » Toutefois, la Banque du Canada est demeurée sur ses gardes en indiquant se montrer de plus en plus inquiète quant à l’ALENA, qui pourrait avoir des effets néfastes sur l’économie canadienne. Malgré la prudence de ce discours, certaines banques sondées anticipent d’autres hausses, notamment la BMO, qui en prévoit trois autres en 2018. Aux États-Unis, lors de la rencontre du FOMC de décembre, la plupart des participants prévoyaient le maintien de la normalisation de la politique en 2018. Les banques sondées s’entendent donc toutes pour dire que la Fed devrait procéder à au moins trois hausses de taux au cours des 12 prochains mois. Dans l’ensemble, à partir de maintenant, de plus en plus d’institutions se rallient à un resserrement accru de la politique monétaire au Canada et aux États-Unis.

 

Rajustements à la hausse des taux de rendement des obligations d’État à deux ans du Canada et des États-Unis

Depuis la publication du mois dernier, les banques sondées ont procédé principalement à des changements à leurs prévisions des taux de rendement des obligations canadiennes et américaines, afin de refléter les attentes quant aux hausses éventuelles de taux par le FOMC et la Banque du Canada. Dans l’ensemble, les banques sondées s’entendent pour dire que le taux de rendement des obligations d’État de deux ans du Canada et des États-Unis devrait connaître une hausse stable au cours de la période prévisionnelle. La RBC fait toutefois cavalier seul, en prévoyant une hausse du taux de rendement des obligations à deux ans du gouvernement canadien au cours du deuxième trimestre de 2019, lequel s’établirait à 2,60 %, pour ensuite chuter à 2,30 % à la fin de l’année. Les autres banques sondées prévoient quant à elles une hausse soutenue du taux de rendement des obligations d’État à deux ans par rapport aux taux actuels (Canada : 1,81 %, États-Unis : 2,05 %) pendant la période prévisionnelle. 

 

Les taux augmentent, mais pas dans les mêmes proportions

Les taux de rendement des obligations d’État de 10 ans continuent d’augmenter au Canada et aux États-Unis. Ce mois-ci, les banques ont seulement revu légèrement leurs prévisions. Dans le cadre de sa rencontre de décembre, le FOMC a abordé la courbe de taux inversée (l’écart entre les taux des obligations de 2 et de 10 ans), en soulignant que même si les rendements passés montrent que la stabilité des taux à l’heure actuelle n’est pas inhabituelle, il est important de surveiller cette tendance au cours des prochains trimestres. Les autres courbes de taux inversées ayant eu lieu auparavant ont souvent précédé des récessions économiques. Elles sont donc maintenant considérées comme un point de repère à analyser par de nombreux économistes. Dans l’ensemble, les banques sondées prévoient que le taux de rendement des obligations d’État à 10 ans se situera entre 2,85 % et 3,05 % au Canada et entre 3,20 % et 3,75 % aux États-Unis tout au long de 2019.

 

La hausse du taux d’inflation devrait stimuler les taux de rendement des obligations à long terme tout au long de 2019

Ce mois-ci, les taux de rendement des obligations d’État à long terme au Canada et aux États-Unis atteignent respectivement 2,35 % et 2,90 %. Les banques s’entendent toutes pour dire que les taux des obligations d’État à long terme connaîtront une hausse soutenue jusqu’en décembre 2019. Desjardins soutient que les perspectives économiques favorables à l’échelle mondiale, alors que les banques centrales sont de plus en plus persuadées de voir les taux d’inflation se rapprocher de leurs cibles, viennent manifestement confirmer ses prévisions de reprise des taux de rendement des obligations à long terme au cours des prochains trimestres. RBC conserve les prévisions les plus optimistes parmi toutes celles des banques sondées. Elle s’attend à ce que les taux de rendement des obligations à long terme des gouvernements canadien et américain augmentent pour s’établir respectivement à 3,15 % et à 3,60 % d’ici la fin de 2018 et à ce qu’ils continuent de le faire d’ici la fin de 2019, pour s’établir respectivement à 3,30 % et à 3,85 %. 

 

 

 

 

 

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