Compilation de Richter sur les prévisions des banques relativement aux taux de change et aux taux d’intérêt

Avril 2018

Statu quo de la Banque du Canada et mise à l’épreuve de l’USD par les politiques protectionnistes

Malgré une hausse du PIB plus faible que prévu au premier trimestre, la Banque du Canada a revu à la hausse ses prévisions pour les deux prochaines années à la lumière des investissements plus solides, d’une reprise de l’exportation et des répercussions favorables attendues de la politique fiscale. En outre, le 18 avril, la Banque du Canada a décidé de laisser inchangé le taux du financement à un jour à 1,25 %; soulignant que « des taux d’intérêt plus élevés seront justifiés avec le temps; cela dit, une certaine détente monétaire sera encore nécessaire afin que l’inflation demeure à la cible »[1]. À la suite de cette annonce, le huard s’est échangé à un niveau sensiblement moindre, tandis qu’il s’établissait à 79,3 ¢ US/CAD à la date de l’annonce.

En ce qui concerne les États-Unis, la Banque Nationale a indiqué que malgré la performance économique solide, le dollar américain se déprécie à son rythme le plus rapide en dix ans en raison des mesures protectionnistes de Washington et de la hausse des déficits. Au Canada, la Banque Nationale souligne que malgré la reprise mondiale du prix du pétrole, le huard compte parmi les principales devises les moins performantes cette année, perdant 3 % de sa valeur par rapport à l’USD au premier trimestre, sa plus importante dépréciation en plus de deux ans. Ce recul s’explique par les inquiétudes liées à l’ALENA, au marché immobilier et à la poursuite de la croissance des dépenses de consommation. La Banque Scotia a exprimé des inquiétudes à l’égard des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, puisqu’une intensification des mesures commerciales pourrait avoir de très importantes conséquences. Dans l’ensemble, les banques sondées prévoient que la paire de devises s’échangera entre 76,0 et 83,0 ¢ US/CAD jusqu’à la fin de 2018 et la plupart d’entre elles ont maintenu leurs prévisions ou les ont légèrement revues à la baisse.

La BCE convient de l’avenir de son programme d’assouplissement quantitatif, mais demeure souple

Le gouverneur de la Banque de France (également membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne [« BCE »]) a affirmé que la BCE est favorable à mettre fin au programme d’assouplissement quantitatif (« QE »). Il a cité une reprise des menaces protectionnistes, des fluctuations défavorables des taux de change ou des corrections abruptes des marchés des capitaux à titre d’exemples de scénarios futurs où la BCE demeurerait souple. La CIBC a indiqué que l’euro a progressé de près de 10 % de plus que d’autres principales devises au cours de la dernière année, ce qui pourrait bientôt freiner la croissance des exportations, et elle met en garde contre le risque lié à la montée du protectionnisme du gouvernement américain et aux mesures potentielles de rétorsion des reprises en Europe et aux É.-U. La Banque Scotia anticipe que la croissance du PIB de la zone euro excédera les attentes malgré un certain ralentissement des indices en amont. La Banque Nationale a ajouté que l’euro tirera avantage des déboires de l’USD, puisqu’une hausse des positions acheteuses spéculatives dans la devise courante a permis l’atteinte d’un nouveau plafond en mars. Dans l’ensemble, malgré la croissance soutenue prévue dans la zone euro et la possibilité de fin du programme d’assouplissement quantitatif, les banques ne s’entendent toujours pas sur la valeur de la paire de devises CAD/EUR jusqu’en 2019.

La Banque du Canada en pause et la Fed pour une hausse graduelle des taux

Sans grande surprise, la Banque du Canada a maintenu le taux d’intérêt principal de sa politique monétaire à 1,25 %, mais annonce qu’elle pourrait effectuer d’autres hausses cette année. La plupart des banques sondées prévoient que la Banque du Canada procédera à au moins deux hausses de taux d’ici la fin de l’année, à l’exception de la CIBC qui n’en prévoit qu’une seule. La CIBC est d’avis que la Banque du Canada devra obtenir des preuves que les nouvelles règles directrices sur les prêts hypothécaires n’occasionnent pas trop de perturbations avant de poursuivre son resserrement.

Aux États-Unis, les preuves de performance économique solide ouvrent la voie à un nouveau resserrement de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (« Fed »). Dans l’ensemble, les banques sondées s’entendent sur d’autres hausses de taux de la Fed, la BMO en prévoyant même trois autres cette année, et réitèrent leurs inquiétudes exprimées précédemment à l’égard des mesures inflationnistes.

L’écart des taux de rendement entre les É.-U. et le Canada se creuse, la tendance à la hausse demeure intacte

Depuis la publication du mois dernier, nous avons observé que les banques sondées ont principalement revu à la baisse leurs prévisions pour les obligations d’État de deux ans du Canada. À l’opposé, la CIBC, la Banque Scotia et Desjardins ont révisé à la hausse leurs prévisions du taux de rendement des obligations d’État de deux ans des É.-U. Desjardins explique l’écart entre les taux de rendement du Canada et ceux des É.-U. par le ton plus ferme adopté par le FOMC comparativement à la Banque du Canada. Malgré les ajustements au Canada, les taux de rendement des obligations d’État de deux ans devraient continuer d’augmenter graduellement aux États-Unis et au Canada au cours de 2019.

L’écart de rendement entre les obligations d’État de deux ans et de dix ans se resserre et un risque de courbe de taux inversée plane

Une courbe de taux inversée survient lorsque le rendement des obligations d’État de deux ans excède celui des obligations d’État de 10 ans. Historiquement, ces courbes de taux annoncent un ralentissement économique et, par conséquent, les observateurs des marchés des capitaux y portent une grande attention. La Banque Scotia a souligné qu’un aplatissement des courbes de rendement demeure probable, mais elle ne prévoit pas que la courbe s’inversera. De manière générale, les taux de rendement des obligations d’État de dix ans devraient se situer entre 2,6 % et 3,1 % au Canada, et entre 3,2 % et 3,8 % aux États-Unis d’ici la fin de 2019, soit juste au-dessus de leurs équivalents de deux ans. Ces chiffres illustrent un léger ajustement à la baisse des taux de rendement prévus comparativement à notre publication du mois dernier.

Rajustement à la baisse des taux des obligations d’État à long terme tant au Canada qu’aux États-Unis

Conformément à ce qu’elles avaient prédit au cours des mois précédents, les banques sondées s’entendent pour dire que le rendement des obligations à long terme continuera d’augmenter jusqu’à la fin de 2019. Toutes les banques sondées, à l’exception de la CIBC, ont revu à la baisse leurs prévisions quant au rendement des obligations à long terme des gouvernements canadien et américain. Quant à elle, la CIBC a souligné que les taux à long terme pourraient subir des pressions si les marchés voient venir la fin du programme d’assouplissement quantitatif en Europe et que les banques centrales entament des politiques de resserrement plus tôt qu’il est prévu à l’heure actuelle. Les hausses les plus élevées pour les obligations d’État à très long terme sont prévues par BMO, pour les obligations canadiennes, et RBC, pour les obligations américaines, qui attendent respectivement des taux de 3,2 % et de 3,9 %.

 

 

 

 

 

 

 


 

[1] https://www.banqueducanada.ca/2018/04/fad-communique-2018-04-18/

 

 

 

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