L’effet Trump : quel avenir pour l’économie canadienne ? (4e partie)

Comment la nouvelle administration pourrait influer sur votre entreprise

L’ALENA est-il le prochain sur la liste?

Par : David Hogan, Andre Oliveira

La semaine dernière, M. Donald Trump a été assermenté au poste de président des États-Unis. Durant sa campagne, M. Trump a promis de protéger les emplois et le marché américains de l’externalisation et des exportateurs étrangers. Parmi ses mesures proposées, notons le retrait des É.-U. ou la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (« ALENA »), l’augmentation des droits de douane imposés aux marchandises fabriquées à l’extérieur des É.-U., ainsi que le renforcement de la Buy American Act.

Quelques jours après son investiture, que savons-nous de ses promesses et de leurs répercussions potentielles sur les entreprises canadiennes?

Voici ce qu’en pensent les médias : 

  • La renégociation de l’ALENA demandée par M. Trump pourrait perturber les chaînes d’approvisionnement à l’échelle continentale et avoir une incidence directe sur les quelque 80 % d’exportations canadiennes qui prennent le chemin des États-Unis ou du Mexique (selon The Globe and Mail, novembre 2016).
  • M. Trump a avancé l’idée d’imposer un tarif douanier de 35 % aux marchandises entrant aux États-Unis qui proviennent de fabricants appartenant à des intérêts américains. Ce tarif vise à empêcher les entreprises américaines d’externaliser leurs activités au Mexique ou dans un autre pays afin de profiter de salaires plus bas. Il y a lieu de se demander s’il s’appliquera également aux marchandises entrant aux États-Unis qui proviennent d’entreprises appartenant à des intérêts américains qui exercent des activités au Canada (selon The Globe and Mail, janvier 2017).
  • M. Donald Trump a clairement affirmé qu’il souhaite placer les règles d’achat aux É.-U. au cœur de l’important programme d’infrastructures qu’il prévoit instaurer, signifiant qu’il défend vivement l’obligation d’acheter des biens américains, ce qui pourrait provoquer des tensions avec d’autres pays (selon The Star, décembre 2016).

La position de Richter :

La renégociation de l’ALENA pourrait avoir des répercussions importantes sur de nombreux secteurs d’activité, en particulier ceux du bois d’œuvre et de l’élevage du bétail, ainsi que celui des services professionnels.

Le retrait possible de l’ALENA a créé un climat de grande incertitude parmi les Canadiens qui vivent aux États-Unis et y travaillent dans le secteur des services professionnels. En effet, en vertu de l’ALENA, les Canadiens peuvent obtenir un visa spécial afin de travailler pour une entreprise américaine aux États-Unis[1]. En outre, la libre circulation du personnel du secteur financier permise par l’ALENA, à l’origine d’une forte expansion à l’étranger des entreprises canadiennes de services professionnels, est également en danger advenant le retrait des É.-U. ou la renégociation de l’ALENA[2]. Les Canadiens et les entreprises canadiennes doivent considérer les risques avec soin avant de prendre une décision relative à un emploi ou à une expansion et se tenir au fait des changements.

Récemment, un litige commercial a opposé le Canada et les É.-U. en ce qui concerne la mention du pays d’origine sur les produits de viande aux É.-U. Cette loi exigeait que l’origine du bœuf ou du porc importé aux É.-U. soit mentionnée sur les étiquettes, notamment l’endroit où le bétail est né, a été engraissé et a été abattu. L’année dernière, l’Organisation mondiale du commerce (« OMC ») a demandé le retrait de ces règles, soutenant le Canada qui affirmait qu’elles étaient injustes et coûteuses. Avec l’élection de Trump et la renégociation de l’ALENA, les règles d’origine pourraient bien être rétablies et les exportateurs canadiens de bétail devraient se préparer à faire appel à l’OMC, un processus à la fois long et coûteux[3].

Les entreprises forestières américaines réclament depuis longtemps que les É.-U. limitent les importations de bois d’œuvre canadien, affirmant que les provinces canadiennes subventionnent injustement l’industrie du bois. Il y a fort à parier que si le bois d’œuvre est inclus dans l’ALENA renégocié, un quota sera établi sur les importations de bois canadien, ce qui aura des répercussions importantes sur le marché forestier du Canada. Les entreprises canadiennes de ce secteur doivent diversifier leurs relations commerciales, non seulement pour le bien de l’industrie, mais aussi celui des 230 000 Canadiens qu’elles emploient[4].

La nature entièrement intégrée du secteur nord-américain de la fabrication automobile pourrait aussi se trouver en danger au cours des prochains mois à la lumière du tweet de M. Trump sur l’imposition prévue d’un tarif douanier de 35 % sur les marchandises importées aux É.-U. par les fabricants américains. À ce moment-ci, nous ne pouvons que spéculer sur l’éventualité que le tarif douanier s’applique aux entreprises américaines qui exercent des activités au Canada et sur son incidence sur l’économie canadienne[5].

Enfin, M. Trump propose de renforcer la Buy American Act, qui exige que les entreprises américaines privilégient les produits fabriqués aux États-Unis et qu’elles soient favorisées dans l’octroi des contrats d’approvisionnement gouvernementaux. La loi prévoit de nombreuses exemptions et exceptions, notamment lorsque certaines marchandises ne sont pas fabriquées aux É.-U., ne respectent pas les critères de qualité, ne peuvent être fournies en temps opportun ou sont offertes à des prix déraisonnables. On suppose que M. Trump prévoit revoir ces exemptions afin d’éliminer les échappatoires. La loi comporte toutefois d’autres exemptions découlant des accords de libre-échange signés avec le Canada, l’Union européenne, le Japon et d’autres pays. Renforcer les règles afin d’exclure ces pays des processus d’appel d’offres du gouvernement américain pourrait créer des tensions internationales et donner lieu à des mesures de rétorsion, qui écarteraient de grands soumissionnaires américains, tels General Electric, Caterpillar et Microsoft, des processus d’appel d’offres de gouvernements étrangers[6].

Compte tenu des incertitudes entourant les politiques proposées par M. Trump, les Canadiens et les entreprises canadiennes devraient surveiller l’évolution de la situation de près. Nous vous invitons à nous visiter régulièrement pour connaître les dernières nouvelles et obtenir plus de renseignements sur les incidences potentielles sur votre entreprise, à mesure que des détails seront disponibles après l’investiture.



Si vous avez manqué un article, vous pouvez le consulter ici :


Article 1 : Points de vue : le Corporate Tax Code des États-Unis
Article 2 : Doit-on réellement s’attendre à un afflux d’Américains au Canada?
Article 3 :  L'avenir du PTP: quelles conséquences pour votre entreprise?
Article 4 : L’ALENA est-il le prochain sur la liste?
Article 5 : L’incidence que pourrait avoir la nouvelle administration sur le secteur des technologies

Article 6 : Cybersécurité : changements à l’horizon

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